Point de vue / Climat et coopération décentralisée

La coopération internationale décentralisée est un vecteur souple de promotion de solutions transversales et innovantes.

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La conférence internationale de Varsovie sur le climat (11-21 novembre 2013) a permis de préparer la tenue de la conférence internationale qui aura lieu à Paris en 2015 afin de négocier un accord international sur le climat.

Après des débuts prometteurs lors des conférences de Rio en 1992 et la signature du protocole de Kyoto en 1997, les négociations sont au point mort. L’Union Européenne, les Etats-Unis, la Chine et l’Inde s’opposent sur des points essentiels comme l’explique l’expert du climat Pierre Radanne. Il apparaît clairement que la situation, aujourd’hui, est proche du « désanchantement ».

En décalant le point de vue, il est pourtant possible de porter un regard optimiste sur ces questions, notamment en prenant en compte le rôle de la coopération internationale décentralisée, qui favorise le dialogue et l’échange entre des élus du monde entier.

La Convention des Maires pour le Climat. L’action des collectivités territoriales à l’échelle internationale constitue un volet important et méconnu de l’action diplomatique. Elle constitue une manière de penser le problème du réchauffement de la planète au plus près du terrain et des opportunités locales de développement d’énergies propres, décarbonées, ainsi que de mise en place de programmes d’efficacité énergétique. Les débats sur les solutions techniques sont nombreux.

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C’est tout particulièrement le cas de l’action d’un réseau d’élus, la Convention des Maires pour le Climat (Covenant of Mayors).

Suite à l’adoption paquet « énergie-climat » de 2008, la Commission  Européenne a favorisé la création de cette plateforme qui vise à regrouper les élus (des villes, des provinces ou régions) des différents pays d’Europe afin de promouvoir l’action de la société civile et de trouver des solutions communes locales aux enjeux du climat.

Cette Convention regroupe désormais plus de 5000 signataires. Ils s’engagent, sur la base de leur adhésion, à adopter des PED (Plan d’actions en faveur d’une Energie Durable) et à mettre en place un inventaire des effets de ces mesures sur l’évolution de leurs émissions de C02. Cette seconde mesure constitue une avancée majeure compte tenu des réticences actuelles de certains Etats, dont les Etats-Unis et la Chine, à accepter que l’on surveille les avancements des politiques nationales de réduction d’émissions de C02.

Un espace d’innovation transnational. En ce sens, la Convention des Maires pour le Climat constitue  un espace transnational de débat, de décision, et d’inspiration des acteurs locaux dans le monde. Ils disposent ainsi de leurs propres conférences internationales, au cours desquelles ils cherchent à trouver des points de convergence et à faire entendre leur voix. Ils ont également pour but de mutualiser autant que possible les ressources et les efforts en faveur des nouveaux signataires qui ne disposent pas toujours des administrations et des réseaux d’experts adéquats.

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La coopération décentralisée constitue un vecteur souple de promotion de solutions transversales et innovantes qui mobilisent un grand nombre d’acteurs locaux, citoyens, entreprises, bureaux d’études et experts sur la question climat.

A ce titre, la mise en place des PED à l’échelle locale a permis de promouvoir dans le cadre du développement durable des projets d’aménagement et de développement du territoire favorisant la mobilité des populations, la sensibilisation des citoyens aux questions des énergies durables, et la mise en place de nouvelles normes pour l’habitat.

Les motifs de pessimisme sont pourtant nombreux alors que l’élan des acteurs les plus exemplaires est en train de s’essouffler. Il ne suffit pour cela de prendre que deux exemples. D’une part, l’Union Européenne peine actuellement à se fixer un nouveau cap sur la nature et l’ampleur des objectifs à atteindre pour l’année de référence 2030 en raison des profondes divergences qui opposent les Etats-membres. Plus encore, la cour des Comptes a exprimé en janvier 2014 ses doutes sur la qualité du pilotage de la politique climat par l’Etat français et sur le manque d’attention accordé par le gouvernement aux enjeux de l’efficacité énergétique.

Donner des moyens aux acteurs locaux. Pour autant  ce sombre constat des efforts « par le haut » ne doit pas occulter les formidables opportunités d’une diplomatie menée « par le bas » par les représentants des collectivités territoriales du monde entier. Ainsi si l’Union Européenne et les Etats jouent certainement un rôle majeur dans l’impulsion politique des questions climats, l’enjeu de ce pilotage est d’abord et avant tout de donner aux différents réseaux d’acteurs, des collectivités territoriales aux entreprises, les moyens politiques et financiers de mettre en oeuvre les partenariats publics ou privés qu’ils souhaitent en France et à l’échelle de la planète.

Les mécanismes de soutien à l’action des élus des collectivités territoriales sont nombreux, tant du point de vue des agences étatiques que des ONG chargées de la question climatique. Les pistes de syncrétisme des idées et de convergence des efforts sont également nombreuses. A titre d’exemple, l’Agence Française de Développement contribue à développer les infrastructures de transport et de gestion des ressources naturelles de villes durables dans les pays du Sud. Ces interventions, sur la base des résultats observés, permettent  de cataloguer des « bonnes pratiques » qui sont ensuite promues auprès des autres acteurs locaux.

Vers la conférence de Paris en 2015. L’enjeu pour les collectivités territoriales, lors de la conférence de Paris 2015, est donc double : il est d’abord de renforcer le maillage des réseaux de partenaires transnationaux, élus, experts et entreprises afin de renforcer la dynamique des projets innovants, mais il est également de trouver les relais politiques suffisants au sein  des gouvernements afin que l’action des élus locaux soit mieux reconnue et valorisée comme un vecteur essentiel de la coopération entre les peuples et les Etats. La coopération décentralisée constitue l’un des principaux axes de discussion de la conférence de Paris de 2015.

Cette « diplomatie parallèle » constitue ainsi un terrain en friche, notamment pour les organisateurs de la conférence de Paris en 2015, en vue de renouveler les perspectives et les solutions proposées par les négociations sur le climat.