Cartographie / L’insertion des collectivités territoriales dans les réseaux européens : l’exemple d’URBACT II

Participer à un réseau de villes n’est pas anodin : au-delà de l’échange d’expériences, cela peut traduire une véritable stratégie de coopération. 

Le point de départ de ce travail est une question simple : au moment d’achever la deuxième période du programme européen URBACT (2007-2013) et avant d’entamer la séquence suivante (2014-2020), quel bilan peut-on en tirer?

urbact II

Plusieurs sources nous donnent des éléments sur ce qui s’est passé durant ces six années : le site internet nous donne à voir les différents projets qui ont été menés, un rapport fait le point sur leurs résultats, et des études mettent en lumière certaines thématiques transversales.

Pour autant, nous n’avons que peu d’informations sur ce qui fait l’essence du programme : la mise en réseau des collectivités territoriales européennes par l’échange d’expériences autour des thématiques du développement urbain durable.

Des projets et des collectivités. De ce point de vue, que sait-on? Principalement que le programme fait travailler des réseaux de huit à douze villes pendant deux ou trois ans, sur des questions liées à l’urbain en général, les « aires d’expertise » :

9 areas of expertise

(images : urbact.eu)

Les participants aux projets sont majoritairement des collectivités territoriales, mais des associations internationales, des universités et des organismes de recherche peuvent également être associés. 

Créer une base de données. Nous avons alors cherché à savoir qui participait à quels projets; la création d’une base de données, à partir du site internet, permettant alors de mieux identifier les partenariats tissés entre villes, départements, provinces et régions via le programme.

Constatant que certaines collectivités participaient à plusieurs projets différents, nous avons pu émettre l’hypothèse que celles-ci tiraient partie du programme URBACT II pour mieux s’insérer dans les réseaux européens – les effets escomptés sont clairs : circulation des savoirs, échange de bonnes pratiques,  légitimité offerte par l’échelle européenne, affirmation régionale au sein de la compétition entre territoires. Nous avons voulu l’observer en réalisant une analyse de réseau.

Visualiser et mesurer. Cette méthode permet, tout d’abord, de visualiser la position des participants dans le réseau qu’ils constituent (« les nœuds ») et les partenariats noués  (« les liens »). Elle offre également la possibilité d’effectuer des séries de mesures afin de répondre aux questions suivantes : s’agit-il d’un réseau particulièrement dense? Quelles sont les collectivités qui ont créé le plus de connexions grâce à URBACT II? Quelles sont les collectivités qui sont les plus à mêmes de faire circuler l’information au sein du réseau?

Après avoir travaillé les données pour les coder et vérifier leur pertinence, nous avons utilisé le logiciel Gephi pour faire apparaître plus particulièrement la place des collectivités françaises (en rouge) au sein de ce réseau : 

Cliquez sur l’image pour l’agrandir. 

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Plusieurs enseignements peuvent en être tirés. On observe tout d’abord que les collectivités françaises les plus centrales sont des villes et intercommunalités dont on connaît le dynamisme régional : il s’agit de Rennes Métropole (24 connexions), Lille et Lille Métropole (21), Nantes Métropole (16), Lyon et le Grand Lyon (16) ainsi que Grenoble et Grenoble Alpes Métropole (16). La C.U. de Strasbourg ou Toulouse sont également présentes, mais leur position est plus périphérique. 

Compétition entre territoires. Ce résultat n’est pas vraiment surprenant : dans la compétition qui agite les territoires, exister dans les réseaux européens signifie participer à des expériences porteuses d’innovation. Autrement dit, pour être visible, « il faut en être » : cela offre la possibilité de rencontrer d’autres villes, d’être au contact d’experts européens et de présenter son territoire et les réalisations de l’équipe municipale ou métropolitaine dans les forums de l’action publique européenne.

La stratégie de ces métropoles régionales diffère de celle de Paris, par exemple, qui n’investit pas ce type de réseau et privilégie les relations bilatérales avec d’autres collectivités, par le biais de la coopération décentralisée notamment. On pourrait également questionner l’absence de Bordeaux, dont le projet urbain a pourtant été nourri de nombreux échanges d’expertise au niveaux locaux et nationaux.

En allant plus loin, interroger la participation de collectivités de taille plus modeste (Les Mureaux, Creil, Nanterre, le Grand Besançon ou la C.U. de Cherbourg) donnerait des informations pertinentes sur leurs motivations : s’agit-il d’une recherche d’expertise précise, sectorielle, ou de modèles de développement urbain plus globaux?

Vers une stratégie de coopération des collectivités. Au final, le type de projet cartographique présenté ici offre une vision et des informations complémentaires aux données qualitatives présentées auparavant. Il pourrait être répliqué à d’autres programmes transnationaux (Urb-AL, INTERREG, INTERACT, ESPON) et ouvre des perspectives stratégiques pour les collectivités : quels réseaux investir? Comment en tirer profit? Avec qui est-il pertinent de s’associer? Quelles sont les thématiques les plus porteuses à investir?

L’analyse de réseau, couplée à des méthodes d’investigation plus classiques (recherches documentaires, entretiens semi-directifs, etc.) vise à apporter des éléments de réponse à ces questions – il serait par exemple possible d’analyser plus finement les différents réseaux dans lesquels est insérée une ville, d’en comparer les coûts et les bénéfices. Sur cette base, une véritable stratégie de coopération transnationale pourrait être établie.