L’antenne mobile, un dispositif pertinent pour aller vers les jeunes ruraux

L’agence Phare a réalisé l’évaluation d’un projet expérimental mené par la Maison des Adolescents de la Corrèze : une antenne mobile qui va à la rencontre des jeunes ruraux

Cette expérimentation sociale, financée par le Fonds d’Expérimentation pour la Jeunesse, a été évaluée par François Cathelineau, entre 2010 et 2013. 

L’expérimentation AMIES (Antenne mobile d’intervention, d’écoute et de soutien) a été mise en œuvre par la Maison des Ados de la Corrèze (MDA 19), structure d’accueil et d’écoute destinée aux adolescents en situation de mal-être.

Les difficultés de mobilité des jeunes en milieu rural. Disposant de locaux fixes à Brive, Tulle et Ussel – les trois principales villes du département – la Maison des Ados s’est rapidement retrouvée confrontée à la situation suivante : l’existence de jeunes qui pourraient avoir besoin d’être suivis par la MDA 19, mais dont l’éloignement géographique pose un problème d’accessibilité aux services de la structure. L’antenne mobile a donc pour objectif, dans un territoire à dominante rurale, de toucher ce public éloigné en « allant vers » les jeunes qui en ont besoin, avec une intervention permettant :

  • de répondre aux demandes directes des adolescents et de leurs familles, ainsi qu’aux demandes des institutions ;
  • d’accompagner l’adolescent au cours de la prise en charge ;
  • de prévenir et d’intervenir en amont de la crise, dès l’apparition de difficultés chez l’adolescent.

Le fonctionnement du dispositif repose sur un partenariat avec des établissements scolaires des zones rurales, qui activent l’antenne mobile via les professionnels de première ligne : principalement les assistantes sociales dans les collèges publics et les infirmières scolaires dans les lycées agricoles. L’équipe de la Maison des Ados y intervient en binôme, en dehors des collèges (grâce à la mise à disposition de locaux municipaux ou au véhicule aménagé de la MDA 19) et au sein des lycées agricoles (par la tenue de permanences régulières).

Malgré des difficultés dans la construction du partenariat et la constitution d’une équipe complète (la psychologue, élément-clé du dispositif AMIES, n’ayant pu être embauchée qu’à mi-temps pendant plusieurs mois), le dispositif a atteint, durant sa deuxième année de mise en œuvre, un fonctionnement stabilisé permettant de toucher une quarantaine d’adolescents par an.

Des effets nets sur la qualité de l’offre de service pour les jeunes. Les effets de l’AMIES sur le public ciblé sont réels et reconnus par l’ensemble des acteurs sur plusieurs plans :

  • une amélioration de l’accessibilité des services pour les jeunes ;
  • une augmentation de la rapidité de la prise en charge des jeunes, permettant de désamorcer des cas complexes et de prévenir l’aggravation des situations ;
  • une augmentation de la qualité de la prise en charge, par le croisement des compétences des professionnels de première ligne et de celles de l’équipe de la Maison des Ados en charge de l’antenne mobile.

L’apport de l’expérimentation pour les jeunes consiste en la possibilité, a priori inexistante auparavant, d’être reçu, écouté et conseillé rapidement sur des problématiques qui peuvent dépasser les compétences des professionnels et des établissements scolaires, et la possibilité de s’inscrire dans un parcours de suivi de la Maison des Adolescents.

L’antenne mobile offre aux professionnels de première ligne la possibilité d’une meilleure compréhension des problématiques des jeunes, mais aussi une expertise pointue et quasi-immédiate des professionnels de la Maison des Ados pour les résoudre, ainsi que la mobilisation de son réseau si besoin.

A un niveau plus macro, la plus-value de l’expérimentation AMIES par rapport au droit commun est d’opérer un croisement des disciplines et du traitement des problématiques adolescentes avec le critère spatial, en visant à mailler le territoire départemental de manière optimale.

Un dispositif pour lutter contre les inégalités territoriales. Sa pertinence fait donc l’objet d’un consensus : le dispositif prend une part non négligeable dans la lutte contre les inégalités territoriales (et donc socio-économiques et de santé) qui désavantagent les jeunes ruraux. Plusieurs partenaires souhaitent d’ailleurs voir le dispositif prendre en charge davantage d’adolescents, bien qu’il pose question à certains d’entre eux, notamment en raison d’une communication et d’un pilotage insuffisamment clarifiés.

Le projet expérimental AMIES s’inscrit ainsi dans l’enjeu majeur de la politique de santé mentale que constitue l’accès à la prévention et aux soins des adolescents en souffrance. Il investit les cadres d’action et modalités d’intervention préconisés par la littérature en tendant vers le développement de la proximité, de la souplesse et de l’adéquation à la spécificité de cette classe d’âge.

Les besoins étant à la fin de l’expérimentation, sensiblement les mêmes qu’au début, au vu des résultats positifs identifiés par le travail évaluatif, il est préconisé de pérenniser l’antenne mobile sur le département l’ayant expérimenté ; il paraît par ailleurs pertinent que ce projet essaime dans d’autres territoires à dominante rurale où seraient identifiés des besoins et des problématiques similaires.

Pour en savoir plus : consultez la note de synthèse ou le rapport d’évaluation complet.

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