Agence Phare – Programme d’activités 2015/2016

Nous avons créé l’Agence Phare avec l’objectif d’éclairer les acteurs du changement en réalisant des études, des évaluations et du conseil en stratégie. 

A l’origine de ce projet, nous avons conçu l’Agence Phare pour répondre à un défi : identifier, évaluer et faciliter la diffusion d’initiatives innovantes pouvant être efficaces et inspirantes pour l’ensemble des acteurs du changement. En effet, il existe un manque de dialogue important entre les différentes institutions, les acteurs associatifs, les acteurs du monde privé, et les usagers et bénéficiaires des services publics – au premier rang desquels les jeunes.

Très vite, nous avons eu la volonté de mobiliser l’évaluation pour apporter un autre regard sur les réseaux d’innovation et de coopération, et apporter des réponses très concrètes aux questions suivantes : qu’est ce qui fait relation entre les acteurs? Comment renforcer la qualité de cette relation? Quels leviers faut-il mettre en oeuvre? Pour nous, l’Agence Phare a pour objectif de créer du lien et du sens entre les décideurs, citoyens, et acteurs privés.

Aujourd’hui, alors que nous fêtons nos deux ans d’existence, nous avons réalisé plusieurs missions autour de l’évaluation de projets expérimentaux et de politiques publiques, du conseil en stratégie, et de la mise en débat d’outils innovants. Au cours de ces deux années, nous avons rencontré de nombreuses personnes qui nous ont soutenus et inspirés, qui ont souhaité travailler avec nous, et qui se sont concrètement associés à nos idées et nos actions.

Cet anniversaire est l’occasion de partager notre expérience pour mettre en perspective deux années d’idées, de projets et de rencontres, et de se projeter vers 2015 et 2016.

L’agence Phare, pour renouveler les pratiques de l’évaluation. Alors que l’évaluation consiste trop souvent à faire rentrer la réalité dans un canevas méthodologique prédéfini, nous voulions trouver de nouveaux concepts pour penser le monde de façon plus dynamique, plus interactive, plus opérationnelle.

Pour cela, nous avons élaboré une offre de service généraliste et technique qui s’articule autour de trois principes :

  • partir des besoins des territoires et des usagers – dont les jeunes – pour qu’ils soient remis au centre des processus d’innovation ;
  • identifier les problématiques et les pratiques communes des acteurs afin de renforcer les synergies existantes ou potentielles;
  • penser le monde comme un ensemble de réseaux d’acteurs en mouvement, pour renforcer leur coopération.

Nous pensons que l’évaluation est une démarche constructive : il ne s’agit pas de donner une simple note à un dispositif, mais d’identifier quels sont les atouts et les freins des projets et des actions, de mesurer leurs effets. Par là même, l’évaluation permet de donner des outils aux décideurs et aux acteurs de terrain pour qu’ils puissent mieux comprendre la portée de leur action, et leur place au sein d’un écosystème de partenaires.

La jeunesse change le monde si on lui donne les moyens de se projeter et d’agir. La première mission que nous avons mené, pour le compte du Ministère en charge de la Jeunesse a été d’évaluer une expérimentation sur le rôle des structures du réseau Information Jeunesse dans les choix d’orientation des jeunes. Notre analyse a mis en lumière le fait que la profusion de l’information peut renforcer l’inégalité des ressources dont disposent les jeunes pour accéder à une information de qualité, et les réelles difficultés qu’ils éprouvent à se construire un parcours de vie ; il est dès lors nécessaire de renforcer les moyens et la qualité d’un accompagnement ouvert et gratuit, à la fois personnalisé et collectif, pour les jeunes.

Au cours de cette évaluation, nous avons identifié les conditions de transférabilité des outils numériques répondant le plus efficacement aux besoins et aux stratégies d’information des jeunes : en Bretagne une application Smartphone de géolocalisation de l’offre de services en orientation, en Auvergne un Livre Vidéo Digital croisant les regards sur les parcours des jeunes, et en Poitou-Charentes un Infolab invitant à faciliter la production, l’ouverture et le partage de données ouvertes (open data) sur l’orientation des jeunes et tout au long de la vie. Associer les jeunes à la construction et à la communication des outils d’information des usagers, notamment via le numérique, s’avère aussi efficace pour rapprocher les institutions des jeunes.

Pour l’Agence Phare, la pratique de l’évaluation nourrit celle du conseil, et vice-versa. En parallèle de cette évaluation, nous avons eu le plaisir d’accompagner de nouvelles initiatives dans le champ de l’orientation et au-delà – nous avons ainsi conseillé l’association JobIRL dans le développement de son action de mise en relation directe des jeunes avec des professionnels. Nous avons eu également l’occasion d’accompagner lors d’un temps de formation nos amis de l’association Collporterre, qui sont un bel exemple de réflexion sur les dynamiques de consommation collaborative, et impulsent, en lien avec OuiShare, un mouvement pertinent de mise en réseau des acteurs des territoires.

L’action publique se recompose et doit innover vers plus de complémentarité. Pendant un an, au cours de l’évaluation de l’expérimentation l’orientation des jeunes, nous avons pu observer de près une politique publique en construction : le Service Public Régional de l’Orientation (SPRO). La rencontre de ses principales parties prenantes (Conseil Régionaux, Education Nationale, Pôle Emploi, Missions Locales, Réseau Information Jeunesse, etc.) dans 8 régions différentes, et un travail de comparaison raisonné ont permis de dégager plusieurs enseignements sur ce qui se joue dans le processus de décentralisation en cours :

  • le rôle des Régions, souvent qualifiées d’« échelon pertinent », réside autant dans la production de politiques publiques propres que dans la mise en musique des réseaux d’acteurs du territoire régional – cela se posera avec d’autant plus d’acuité que la fusion des Régions va redimensionner les espaces d’intervention ;
  • une approche plus transversale et décentralisée des problèmes publics doit permettre de mieux connecter les acteurs publics aux thématiques et aux initiatives émergentes  (économie sociale et solidaire, numérique, entrepreneuriat social), et d’identifier et soutenir des projets qui renforcent la complémentarité des acteurs ;
  • dans cette optique, nos études évaluatives montrent qu’il peut être réellement pertinent de donner plus d’autonomie et de responsabilité à des acteurs locaux pour porter des actions concrètes et partenariales, à condition de leur octroyer les moyens de leurs ambitions – et d’évaluer les résultats rigoureusement.

Alors que certaines Régions sont appelées à fusionner, que le rôle des Conseils généraux est contesté, que les intercommunalités montent en puissance, nous voulons interroger la place des collectivités locales comme des « territoires de vie ». C’est bien souvent le sentiment de construire ensemble des projets innovants et efficaces, et le sentiment d’appartenance à un territoire, qui peuvent « faire relation » entre des acteurs situés dans différents secteurs de politiques publiques, et permettent de renouveler les formes de collaboration.

La mobilisation et la représentation de la société civile, et des jeunes, dans l’espace public est un enjeu fondamental. Souvent, ce sont en effet les initiatives locales qui viennent proposer de nouvelles solutions aux blocages institutionnels. Nous avons eu la possibilité de diffuser ce message via différents canaux : dans l’émission Cultures Monde de France Culture, lors d’une intervention sur les enjeux des mobilisations transnationales de la société civile autour du changement climatique, ou encore lors de deux séminaires d’une semaine à l’Ecole Centrale de Paris, sur les enjeux et les limites de la gouvernance du changement climatique.

La dynamique de mobilisation de la société civile dépend fondamentalement de l’engagement des jeunes. Pour cette raison, nous sommes intervenus  auprès de la promotion 2014-2015 des jeunes de l’Institut du Service Civique, dont l’objectif est de donner leur chance aux jeunes dont le potentiel ne s’est pas forcément exprimé dans un cadre scolaire, pour échanger avec eux sur la place de la société civile dans la lutte contre le réchauffement climatique. Suite à cette intervention, nous avons eu le plaisir d’être invités à devenir membres du jury de sélection des futurs lauréats de l’Institut.

Dans ce contexte, nous voulons identifier, accompagner et valoriser les initiatives locales et sociétales qui nourrissent la transition écologique, notamment dans le contexte de la préparation de la conférence internationale sur le climat de l’ONU à Paris (COP 21). Nous pensons, à cet égard, que la transition écologique ne pourra se faire sans l’implication des citoyens et la démocratisation de l’accès à l’innovation technique et sociale. Ainsi, nous suivons le mouvement de développement des incubateurs et des tiers-lieux : la transition écologique a tout à gagner des idées, outils, et réseaux qui naissent et essaiment au cœur de la transition numérique.

Notre ambition pour 2015 et 2016 :  continuer à créer du lien et du sens entre les décideurs et les citoyens, entre les acteurs publics et privés. Il nous paraît plus que jamais important de poser la question du rôle de l’action publique en tant que caisse de résonance des mobilisations et des revendications citoyennes. Notre réflexion, visera, pour cette raison, encore et toujours, à faire le lien entre les organisations de citoyens et les policy makers, notamment en mobilisant le puissant outil que constitue l’analyse des réseaux et la cartographie des acteurs.

Dans ce contexte, nous travaillerons, dans les mois qui viennent, sur les projets suivants :

  • Préciser l’identité et l’action d’acteurs tournés vers la mise en capacité et l’émancipation des jeunes. Nous réaliserons, dans le prolongement de nos travaux sur l’orientation des jeunes, une étude pour le compte du Ministère en charge de la Jeunesse sur la place et le réseau Information Jeunesse (IJ) autour de trois enjeux : la qualité du service rendu aux jeunes, la mobilisation et l’animation des structures locales, et son positionnement au sein des politiques territoriales de jeunesse.
  • Faciliter la coopération entre les collectivités territoriales en faveur des populations vulnérables. Nous approfondirons nos travaux sur les coopérations entre acteurs publics dans le cadre d’une mission d’étude sur le pilotage et les collaborations des collectivités locales en faveur des personnes handicapées, pour le compte de la DREES. Dans ce champ de l’action sociale, il s’agira d’explorer les leviers de la coopération entre acteurs publics d’un même territoire, et plus globalement d’identifier les formes d’une hypothétique gouvernance territoriale de l’action sociale.
  • Faire dialoguer les projets entrepreneuriaux à impact social avec les logiques du secteur public. C’est en ce sens que nous travaillons en 2015 avec les jeunes associations et starts-up à impact social incubées au SenseCube, conjointement avec le cabinet Génération 2 Conseil. Nous proposons à ces entrepreneurs un accompagnement par l’explicitation des enjeux des politiques publiques et l’aide à la construction d’outils (indicateurs, argumentaires, partenariats) sur plusieurs mois, pour soutenir les actions innovantes et éthiques de demain !

Tout au long de cette année, le fil rouge de nos réflexions sera celui de l’engagement et du dialogue : nous chercherons à produire des travaux dont les enseignements sont réalistes, applicables et surtout pouvant être débattus par le plus grand nombre au-delà des petits cercles d’experts. C’est, pour nous, la condition de l’efficacité de notre action.