Études et recherche

Genre et espaces scolaires

Les espaces scolaires du secondaire au prisme du genre : guide à destination des collectivités et des acteurs et actrices de l’éducation

Centre Hubertine Auclert, avec le soutien du Centre Henri Aigueperse de l’UNSA éducation

Méthodes : méthodes qualitatives

juil. 2021

 

sept. 2021

L’Agence Phare réalise un guide sur les inégalités spatiales de genre dans les établissements du secondaire, afin de mettre en lumière les travaux et initiatives existantes, et encourager les expérimentations sur le sujet.

L’école représente un lieu (re)production des normes sociales, y compris liées au genre. A ce titre, le collège et le lycée, loin d’être des espaces neutres, sont traversés par des rapports de genre qui influent sur les modalités d’occupation et d’appropriation de l’espace. Cependant, les travaux sur les espaces scolaires du point de vue du genre sont peu mis en lumière, et les actions menées sur ce sujet restent peu nombreuses, particulièrement au collège et au lycée. Le Centre Hubertine Auclert a donc souhaité produire un guide pratique pour encourager les expérimentations menées sur ce sujet. Il s’adresse aussi bien aux élu∙es et agent∙es des collectivités en charge de la rénovation et de la construction des collèges et lycées, qu’aux acteurs et actrices de l’Éducation nationale, exerçant dans les collèges et lycées ou dans l’administration à l’échelle nationale ou académique.

Le guide produit par l’Agence Phare vise non seulement à comprendre les enjeux relatifs au genre et aux espaces scolaires du secondaire explorés dans la littérature scientifique, mais également à identifier les initiatives existantes, leurs apports et éventuelles limites afin de donner à voir la diversité des possibilités et perspectives d’action. D’un point de vue méthodologique, il s’appuie sur une revue de littérature pluridisciplinaire et internationale sur l’analyse des espaces scolaires au prisme du genre, complétée par des entretiens avec des expert∙es du genre et de l’espace scolaire, des collectivités, des professionnel∙les exerçant dans des établissements du secondaire, ainsi que par la réalisation de focus groupes auprès de référent∙es égalité filles-garçons d’établissements du secondaire franciliens.

Le guide souligne que les espaces des collèges et lycées participent d’une reproduction des inégalités de genre et de la persistance, voire de l’amplification, des violences sexistes, sexuelles et LGBTQIA+phobes. Le bâti de ces établissements, ainsi que les règles d’usage formelles et informelles qui leur sont associées, génèrent en effet une géographie particulière, marquée par des rapports de pouvoir de genre.

Néanmoins, cette reproduction des normes s’opère selon des mécanismes variables d’un espace à l’autre, l’établissement scolaire s’apparentant davantage à une mosaïque de micro-lieux qu’à un tout homogène. A titre d’exemple, les espaces récréatifs, en particulier la cour de récré ation et le restaurant scolaire, sont des lieux de ségrégation et de domination genrées où la « lutte des places » se fait au détriment des filles et des minorités de genre. Dans les lieux d’apprentissage, en particulier les salles de classe, des inégalités d’appropriation de l’espace se jouent également, et ce malgré la présence d’enseignant∙es censé∙es agir en faveur de l’égalité des genres, mais ce sont surtout des rapports de domination symboliques, au contraire des espaces dits « interstitiels », tels que les couloirs, escaliers et toilettes, où les rapports de genre peuvent parfois s’exprimer de manière plus violente.

Face à ces enjeux, le guide souligne que les solutions déployées par les collectivités et les établissements restent marginales, et tendent à se focaliser uniquement sur la cour de récréation et, plus rarement, sur les toilettes. La plupart supposent, en outre, des investissements conséquents afin de réaménager le bâti existant, ou interviennent uniquement lors de la construction de nouveaux établissements.

Le guide propose ainsi non seulement des solutions axées sur le bâti scolaire, mais également d’autres pouvant être mises en œuvre à l’échelle des établissements, sans nécessairement engager de chantier de réhabilitation ou de construction. Ces solutions, davantage orientées sur les règles d’usage des espaces, la sensibilisation et la formation, sont à penser comme des conditions nécessaires pour des établissements scolaires égalitaires. Il apparaît en effet contreproductif d’engager une politique ambitieuse d’aménagement spatial sans penser dans le même temps une transformation des usages et des pratiques impliquant l’ensemble de la communauté éducative.